Planèteblack : Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venu à faire rire les gens ?
Patson : Mes parents sont originaires de la Côte d'Ivoire. J'ai d'abord fait des études de mécanique-auto et ensuite j'ai créé une association, Micro d'or, qui s'occupe de jeunes en difficultés. Depuis, cette association a pris de l'importance et a changé d'objectifs. Aujourd'hui, elle s'attache à aider des familles en difficulté en France et à l'étranger. C'est de l'insertion par le biais de la culture et un relais social.
En 2000, j'en ai eu un peu marre. J'étais éducateur et je trouvais qu'on ne me donnait pas suffisamment de moyens pour aider les gens. Je me suis donc lancé dans le théâtre. En même temps, j'avais commencé très tôt mais je n'aimais pas les rôles qu'on me donnait. Faire rire est naturel chez moi. Même quand je suis dans une situation difficile, je fais des blagues. Je voulais faire quelque chose qui fasse rire les gens mais rapidement, sans mise en condition trop longue.
En 2004, j'ai découvert, les cafés-théâtres dont le Point-Virgule. J'y ai suivi des cours d'art dramatique qui m'ont aidé à structurer les spectacles que j'écrivais moi-même. Ma particularité c'est que je mélange le show à l'américaine (Eddie Murphy, Martin Lawrence) et le classique. En plus, j'ai une double culture. Je danse beaucoup sur scène et j'invente des mots. Etre la révélation comique de l'année m'a beaucoup conforté.
Planèteblack : Qu'avez-vous ressenti la première fois que vous êtes monté sur scène ?
Patson : C'était impressionnant ! En plus, il y avait 3 personnes dans la salle ( rires ) dont un qui dormait et une vieille dame qui comprenait la moitié de ce que je disais. Quand j'allais en coulisses je regardais mon texte. C'est seulement à la fin du spectacle que je me suis dit « Ca y est, je suis comédien ! ». Je n'ai vraiment pas peur de monter su scène d'une part parce que c'est moi qui ai écrit les textes, ensuite parce que je suis vrai, je suis moi-même. Mais il faut travailler même quand on a des facilités...
Planèteblack : Comment vivez-vous les échanges avec le public ? Que vous apporte-t-il ?
Patson : Tout ce que j'ai appris à l'école me sert dans mon spectacle. Par exemple, j'emploie souvent des termes de mécanique. J'ai un problème à la jambe et je la traîne. Donc, je tire à gauche ! ( rires ). Avant, je voulais que le public prenne du plaisir avant tout et depuis le mois de février, je prends du plaisir à mon tour. Ma double culture me permet de donner une vraie couleur à mon spectacle. Plus le public prend du plaisir et plus j'en prends. Quand il quitte la salle, je veux qu'il pense qu'on est pareils, qu'il se reconnaisse dans mon spectacle. Je le chambre beaucoup mais je l'écoute aussi. J'ai des sketches prévus pour lui mais ça reste toujours gentil. Je « taille » tout le monde : ma maman, ma grand-mère. Quand le public rigole ça me rend fou ! ( sourires ). Un comédien doit être con, savoir combiner la musique, danser, bouger ( il se met à danser !).
Planèteblack : Comment décririez vous votre spectacle ?
Patson : C'est un one man show mais il est inédit en France puisque je suis le seul comédien à mélanger ma double culture à la technique américaine : le show doit être total. Il faut créer et je révolutionne ainsi le one man show. Il ne faut surtout pas se produire en tant qu'humoriste en reprenant les mêmes choses qu'un autre. Moi je fais la voix des chinois, des antillais ( rires ). Je joue aussi plusieurs personnages comme « Bouba » ou encore « le beau gosse en boîte de nuit ». Quand on m'a demandé ce que j'avais de plus qu'un autre comédien de couleur, j'ai provoqué en disant que je suis un beau gosse, « blackos », qui a des abdos et des « pecs ». Dieudonné il n'a pas de « pecs » et Mouss Diouf, il n'a pas d'abdos : ( rires ). Mais ce n'est pas méchant.
Planèteblack : Pourquoi ce choix du titre : L'Homme 2 couleurs, moitié Black moitié Noir ?
Patson : Quand on réussit, on est « black » ! Thierry Henri c'est un black.Par contre, Mamadou, il est noir, c'est un homme de couleur ! Une mère demande à sa fille : « Comment il est le mec avec qui tu sors ? Ah, c'est un black ! J'ai eu peur, j'ai cru que c'était un noir ! » ( rires ). Moi, je suis à mi-chemin.
Planèteblack : Quelle est votre source d'inspiration ?
Patson : Le monde, les gens. Parfois, je vais dans la rue et je discute avec un SDF. Ou bien, je vais dans un restaurant chinois et je note tout. Par exemple, quand je vais en boîte de nuit, je regarde les femmes danser, comment elles se font draguer. Je n'invente rien, c'est du vécu. Ma mère, elle a des fesses comme ça (il écarte les mains d'au moins un mètre). Elle ne passe pas la porte, elle est obligée de se tourner ( rires ). Ma grand-mère, elle a 90 ans et elle prend la pilule du lendemain. Elle a peur que quelqu'un la mette bien ( fou rire) . Le pire c'est que c'est vrai ! J'ai un oncle qui voulait être moniteur d'auto-école mais aucun de ses élèves n'a eu le permis ! Il avait les mêmes pratiques qu'en Côte d'Ivoire : pour faire marche arrière, il dit « ouvrez la porte et regardez derrière ! » (rires).
Les Zaïrois, ils portent le pantalon à midi moins le quart (il me montre au niveau des aisselles) . Si tu confies ta femme à un Antillais en boîte et que tu reviens 2 minutes après, tu peux lui en faire cadeau ; vu comment il danse ( il mime un zouk collé-serré) Les Antillais sont pliés quand ils dansent et tu as beau leur parler, ils ne t'écoutent même pas ! (rires)
Planèteblack : Vous arrive-t-il de retravailler votre texte en fonction des réactions du public ?
Patson : On peut venir voir mon spectacle autant de fois qu'on veut ça sera toujours différent. Les personnages sont toujours les mêmes mais il y a constamment du nouveau, on ne peut pas s'en lasser. C'est comme une sauce, on rajoute du sel, du poivre des épices au fur et à mesure pour lui donner plus de goût. Tout change : mon entrée en scène, avec mon sac à main ou mon soutien gorge (rires) .mais la base reste la même. C'est un show dans lequel tout le monde se retrouve ; comme mon sujet sur la diarrhée ( rires ). Mon spectacle du 25 ne sera pas comme ce lui du 24, il sera encore plus fort et ainsi de suite ! Je ne veux pas que le public s'ennuie, je veux lui apporter quelque chose de nouveau.
Planèteblack : J'ai l'impression que tout le monde en prend pour son grade. Pensez-vous que l'on peut rire et faire rire de tout?
Patson : Oui mais sans être méchant. Il faut rester respectueux. Il ne faut pas faire l'amalgame entre ce que je dis et ce que dit le comédien. Je ne tiens pas le même discours sur scène et dans la vie. Moi je ris de mes problèmes. J'ai un cousin Ivoirien qui est aveugle et quand on jouait à cache-cache il me trouvait ! L'odeur ? Pour moi, l'aveugle ou l'handicapé est un ami, un frère. Si je me moque de mes amis ou de ma famille, pourquoi pas de lui ? Ca serait de l'exclusion sinon et ils n'ont pas besoin de ça. Je ne l'insulte pas, au contraire je l'intègre. Je reste humain avant tout.
Planèteblack : Quels sont les humoristes qui vous font rire personnellement?
Patson : Les anciens surtout, comme Coluche, on ne me l'enlèvera pas. Bourvil, de Funès, Pierre Richard. Ils n'avaient pas beaucoup de moyens mais ils faisaient rire. Actuellement je dirais Gad El-Maleh, Dieudonné, Chevalier et Laspalès et le dernier spectacle de Jamel.
Planèteblack : Quelle est la prochaine étape après la France ?
Patson : On m'a invité au Niger, au Bénin, en Centre Afrique mais j'aimerais surtout aller aux Antilles. J'aime voyager et découvrir de nouvelles civilisations. Je suis allé au Mexique et j'étais logé à l'hôtel. J'ai voulu aller dans la jungle pour voir comment les gens vivaient. Ils couraient, ils étaient effrayés de voir un noir déguisé en Mexicain, mais ils rigolaient quand même. Le rire est international et c'est ce qui me plait, tu n'as pas besoin de le traduire. Je ne pourrai pas faire autre chose. J'ai vu des choses tellement horribles, des guerres, la misère que c'est ma contribution : faire rire les gens et leur faire oublier leurs soucis. |