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Le Womandala Ray Club célèbre la femme noire et musulmane.
INTERVIEW // S.E Madame Yvette RABETAFIKA RANJEVA, Ambassadeur déléguée permanent de Madagascar auprès de l’O.N.U.


Première arrivée, S.E l’ambassadrice de Madagascar prend la parole devant une quinzaine de participantes, toutes impatientes de s’entretenir avec de telles invitées. C’est dans cette ambiance conviviale et chaleureuse qu’elle s’est présentée à l’assemblée.
On pourrait dire de son parcours qu’il est très divers et varié. Sa carrière a débuté dans l’enseignement, à Madagascar. Après avoir passé avec succès l’agrégation, Madame l’ambassadeur s’est spontanément dirigée vers l’enseignement, sa passion, et fût Maître de Conférences à l’Université d’Antananarivo. C’est après le changement de régime en 2002, qu’elle devient la première femme ambassadeur ; ce qui lui semblait « très bizarre », raconte-t-elle en souriant, malgré la présence de femmes ministres. Se considérant « trop indépendante, orgueilleuse et fière » pour laisser un président lui dicter sa conduite, elle n’a jamais adhéré à aucun parti politique.

Le choix de l’UNESCO a été des plus séduisants du fait de ces nombreux domaines de compétences (Education, Sciences, Culture, Littérature, Patrimoine…) ; le but étant de « trouver des programmes qui pouvaient intéresser [s]on pays, dont l’alphabétisation ».

Après avoir répondu aux questions relatives à son mandat et à ses domaines de compétences à l’UNESCO autour d’un repas, S.E Madame Yvette RABETAFIKA RANJEVA a accepté de répondre rapidement à quelques questions.





PB : Quelle est aujourd’hui la place de la femme dans la société malgache ?

S.E Amb. de Madagascar : Traditionnellement, dans notre pays, la femme malgache a un statut privilégié. Dans le passé, nous avons eu des souveraines et des reines dans toutes les régions de l’île ; pas seulement au niveau central. Il y a eu des principautés et des royaumes. Le point commun entre toutes ces royautés, c’est que les femmes pouvaient régner, jusqu’à la colonisation française puisque le pays est devenu colonie puis république sur le modèle français.

A côté de cela, la femme dans le monde contemporain et traditionnel, a toujours beaucoup travaillé. Dans le monde rural, elle plante le riz dans les champs, elle élève les enfants, elle fait le même travail qu’un homme. Il y avait au 19ème début 20ème, dans certaines familles privilégiées, des femmes qui avaient des servantes. L’esclavage existait mais au sens domestique du terme, pas celui des coups de fouets, sans les contremaîtres dans les champs pour obliger à travailler. Donc il y avait des serviteurs à la maison et les femmes avaient des servantes. Il y avait des femmes privilégiées, qui, de par leur statut, avaient une vie facile, mais c’était la minorité. Actuellement, c’est l’égalité dans les emplois. On n’a pas besoin de discrimination positive si un emploi est vacant. Tout le problème est quand on arrive au sommet. Nous avons beaucoup de femmes dans les universités, beaucoup de diplômées, de femmes médecins, de femmes professeurs, de magistrats, d’avocats, nous avons quelques femmes ministres, quelques femmes parlementaires. Depuis que l’Etat est redevenu république, nous n’avons jamais eu de femme président.

Traditionnellement, pour la journée de la femme, on donne un congé à la femme dans les écoles, dans les bureaux. Les hommes continuent de travailler mais les femmes ont un jour ou une demie journée de repos selon les entreprises. Il y a des manifestations mais ceci dit, la femme malgache a toujours beaucoup travaillé, quelque soit son statut.

PB : Vous qui occupez un statut important actuellement et qui évoluez dans un milieu relativement masculin, comment assumez-vous ces fonctions au quotidien ?

S.E Amb. de Madagascar : La difficulté n’est pas seulement propre à ce métier là. Dans n’importe quel domaine, la femme a toujours besoin de travailler plus pour s’affirmer, démontrer qu’elle est aussi capable que l’homme et ma plaisanterie c’est de dire que « je suis supérieure et de toutes les façons vous seriez incapables de porter un enfant pendant neuf mois dans votre ventre et de le mettre au monde ! » (sourires). Mais les hommes n’en tiennent pas compte ! Quand on est une femme, même quand on est a un ventre, ou un enfant malade, on doit travailler. Si vous avez un poste à responsabilités, vous vous débrouillez pour que quelqu’un d’autre prenne cet enfant en charge.

Paradoxalement, dans un pays comme le mien, je peux trouver des femmes et même des hommes, pour m’aider à la maison pendant que je fais autre chose. Et j’ai vécu ainsi pendant toute ma carrière. Je pouvais travailler, aller en mission à l’extérieur, parce qu’il y avait des gens à la maison qui s’occupaient de mes enfants. La solidarité familiale joue beaucoup aussi.

 

PB : Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur pour 2006 ?

S.E Amb. de Madagascar : Si je regarde simplement mon pays, je dirais l’éradication de la pauvreté, parce qu’il traverse une situation économique et sociale très difficile. La prospérité, l’éducation, l’alphabétisation, l’éducation pour tous, le bien-être de la population en général, la protection de l’environnement et du patrimoine culturel et naturel du pays. Et bien entendu, dans le monde, au fond c’est le même souhait que je peux formuler, dans les pays où la femme est plus malheureuse que dans le mien. Elle a un statut relativement privilégié dans le mien mais il faut qu’elle travaille beaucoup. Mon expérience personnelle me montre que je ne peux plus chômer.

Mon souhait est que toutes les femmes puissent avoir une vie meilleure. Et si la femme a une vie meilleure, c’est le monde qui en sera meilleur. Je crois profondément que la femme au pouvoir est moins agressive que l’homme .Une femme au pouvoir cherchera la paix et non la bataille.






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