S.E Madame Samira Hanna El-Daher se dit ravie de pouvoir discuter avec des femmes de milieux différents qu’elle. Elle explique que dès le début de sa carrière, elle a voulu voir des choses différentes, de voir d’autres pays.
Son planning est très chargé puisque présidente du G77 mais ce qu’elle aimerait par-dessus tout, c’est rendre le travail de l’UNESCO accessible et proche pour tout le monde.
Ainsi, la discussion s’est orientée vers le génome humain et la bioéthique, chacune tentant de comprendre en quoi le travail de cet organisme a des répercussions sur la vie quotidienne.

PB : Comment avez-vous vécu la journée du 8 mars ?
S.E Amb. du Liban : Je n’étais pas au Liban par contre j’ai participé à toutes les manifestations qui ont eu lieu à Paris. Nous avons eu droit à des femmes d’exception qui sont venues avec beaucoup de simplicité. Elles sont venues parler de leur propre expérience ; certaines étant à un très haut niveau politique, comme la présidente du Libéria, Ellen Sirleaf Johnson, qui a fait un discours, je dirais, très musclé. Et ce qui me fait plaisir, c’est qu’elle a parlé en tant que chef d’Etat et non en tant que femme.
Moi, je crois que c’est comme cela que les femmes doivent aborder la vie, surtout sur le plan politique. Se considérer comme un être humain capable de réaliser des choses et de les faire à ce titre là. Le fait d’être une femme est, selon moi, un plus. Cela lui donne l’ouverture des choses dont la culture, l’instinct, l’intuition qui sont un plus par rapport à la voie logique et rationnelle. Madame Sirleaf a donné cette impression : d’être un chef d’Etat aux commandes de son pays. Je suis sure qu’elle va faire beaucoup de bonnes choses pour son pays.
Nous avons eu aussi des femmes ministres de différents autres Etats, des femmes qui ont des parcours atypiques, notamment des ministres qui venaient d’Amérique latine et qui ont parlé de leur expérience politique et de leur parcours. Nous avons eu droit également, en l’honneur des femmes, à un concert qui a lié les musiques traditionnelles et les musiques classiques avec des artistes venus de différents pays du monde qui ont aussi joué avec des instruments classiques ; l’intérêt étant de montrer qu’il y avait une unité entre tous ces gens, hommes, femmes, musiciens de tous les bords. Ce qui m’a touché, c’est que dans l’après-midi, il y a eu une conférence avec des femmes d’exception : c’étaient des femmes handicapées avec parfois des handicaps très lourds qui ont excellé dans un domaine de leur choix (éducation, architecture, design…). Elles ont parlé très simplement de leur parcours, de leurs difficultés et ensuite le regard de l’autre, alors que leur dimension était bien au-delà de l’handicap. J’ai senti chez les femmes qu’il y avait une force de vouloir et de pouvoir pour faire ce qu’elles veulent. Il y a chez l’être humain une volonté de tout faire qui peut dépasser tous les handicaps et je crois que c’est un message très fort, un message d’humanité que ces femmes d’exception ont fait passer.
PB : En tant que femme musulmane, vous avez un parcours vraiment exceptionnel : vous avez étudié dans une prestigieuse université américaine, vous avez occupé de nombreuses fonctions diplomatiques à l’étranger etc. Cela vous aide-t-il aujourd’hui àaméliorer la condition de votre pays, le Liban ?
S.E Amb. du Liban : Tout ce que je fais, je le fais au nom du Liban. J’essaye de mettre le Liban là où il était c'est-à-dire à la pointe en matière de culture, d’éducation, de respect de l’autre, de convivialité, de dialogue entre les cultures et les religions. Je trouve que j’ai encore une dette envers ce pays. D’autre part, parce qu’il a fait ce que je suis, il m’a donné des opportunités extérieures et je n’aime pas les dettes. J’aime payer ce que je dois et quelle dette magnifique ! J’essaye au mieux de mes possibilités et de mes capacités de donner une meilleure image du Liban que j’ai connu, qui n’était pas celui de la guerre, ni de la haine. Je crois que les gens autour de moi me perçoivent comme représentante du Liban mais pas comme représentante Samira, en tout cas je l’espère.

PB : Quels sont les grands dossiers qui vous attendent dans les mois à venir ?
S.E Amb. de Madagascar : Comme vous le savez, je représente le Liban mais je préside aussi pas mal de comités. On m’a choisie à titre personnel mais aussi parce que je représente le Liban. Je voudrais mener à bien ces présidences car je suis présidentes du G77 et je voudrais vraiment qu’on fasse quelque chose, qu’on aille de l’avant avec les notions de travail efficace en matière d’éducation.
Créer un fonds de coopération, une entraide entre les pays du sud et je crois que les pays en voie de développement ont des problèmes assez similaires et peuvent proposer des solutions plus faciles à adopter que quand elles viennent des pays du Nord. Evidemment, il faut l’appui des experts du Nord mais si ça passe par les canaux des pays du Sud, on a des chances de compréhension qui permet à chacun de se retrouver égal à l’autre dans sa diversité avec un regard gratifiant.
Se respecter et vivre ensemble. Aider le Liban sur l’éducation, l’alphabétisation et les problèmes de l’eau. On a pris du recul alors que le Liban était très avancé. Ce sont là mes trois projets.

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