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 Dossier Journée de la Femme (08 Mars 2006)
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PORTRAIT // ELLEN SIRLEAF JOHNSON

Introduction

Ellen Sirleaf johnsonLa notoriété d’Ellen Sirleaf Johnson n’est devenue publique que récemment. En effet, en tant que candidate aux élections présidentielles du Libéria, elle fut confrontée à l’ex-footballeur Georges Weah. Désignée candidate de raison, sa victoire est une véritable révolution dans l’histoire de l’Afrique.

Pour la première fois, une femme est devenue présidente d’un état africain. Rompue à de hautes fonctions, Ellen Sirleaf Johnson n’était à ne pas en douter, le choix le plus rationnel pour la magistrature suprême. Malgré tout, les responsabilités qui l’attendent relèvent du défi : il faut être plus que déterminé pour oser s'engager sur le terrain miné de la politique africaine, qui rebute tant d’hommes.

Son Palmarès 

Ellen Sirleaf johnsonAccéder à un tel mandat n’est pas chose simple, d’autant le Libéria a été ravagé par une guerre civile de 14 ans. Néanmoins, Ellen Sirleaf Johnson n’en est pas à ses débuts en politique. Bien avant son élection, la Libérienne avait déjà oeuvré au sein de différents gouvernements du Libéria et autres fonctions internationales.

Née le 29 Octobre 1938, cette veuve de 67 ans descend de la lignée de l’élite américano-libérienne du pays. Fondé en 1816, le Libéria est un pays bâti par des esclaves libérés et rapatriés du continent américain. Les descendants d’esclaves représentent seulement 5% de la population totale mais ont pratiquement toujours été au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1847. Ils en ont fait la première République du continent.

La carrière d’Ellen Sirleaf Johnson est jalonnée de réussites. Cette diplômée en économie de la prestigieuse université américaine de Harvard est dotée d'un impressionnant cursus dans la fonction publique. Néanmoins, être un femme avant-gardiste et de caractère lui valut un parcours des plus tumultueux :

De 1972 à 1973 Ellen Sirleaf Johnson est nommée Secrétaire d'état aux finances du gouvernement du Libéria.

De 1980 à 1985 elle est Ministre des finances du gouvernement libérien. A cette période, elle briguait un siège pour le Sénat. Seulement, le coup d’état de 1980 et ses invectives envers le régime militaire de Samuel Doe, la condamnèrent à dix ans de prison. Seule ministre du gouvernement à échapper à la mort, sa détention fut courte et elle s’exila.

De 1982 à 1985 elle occupe le poste de vice-président au bureau régional de l'Afrique de la Citibank à Nairobi. En 1985, elle fonde le Parti Libérien de l'Action (LAP) et fait face au régime militaire de Samuel Doe. A la suite de ces élections controversées, elle est de nouveau jetée en prison suite à la tentative de coup d'Etat. Ce n'est qu'en juillet 1986 qu'elle a recouvré la liberté.

Ensuite, exilée aux Etats-Unis, elle est employée de 1986 à 1992 en tant que vice-président et membre du conseil exécutif de la banque d'Equateur à Washington. Malgré ces exactions, son ascension et sa détermination ne faiblissent pas.

De 1992 à 1997, elle est nommée Directrice du bureau régional du programme de développement pour l’Afrique aux Nations Unies. En 1997 elle est désignée Porte parole du Parti de l’Unité. Lassée d'avoir à effectuer des visites risquées dans son pays, Ellen Sirleaf Johnson quitte ses fonctions aux Nations Unies pour rentrer chez elle afin d'engager la lutte politique contre le chef de guerre Taylor, sans pour autant avoir d’armée à sa disposition. Elle se présente à la présidence contre ce dernier. En tant qu’unique femme candidate, elle n’arrive que seconde, après Taylor, qui ne remporte ce scrutin parce qu’à la tête de la plus importante force rebelle du pays. Sa rébellion contre le dictateur lui vaut d’être accusée de trahison.

En 2005 elle se présente en tant que candidate du Parti de l’Unité à l’élection présidentielle.




Ses précedents engagements

- Elle est membre fondateur « de l'institut international pour les femmes dans la conduite politique ».

- Elle fut membre du conseil Consultatif de « Modern Africa Growth et Investment Company »,

- Elle fut membre du Comité de finances des gestionnaires de fonds modernes de l'Afrique.

- Présidente de la banque libérienne pour le développement et l'investissement.

- Officier de prêt senior de la banque Mondiale.

Elle a fondé et continue à soutenir « Measuagoon », une organisation de développement de la communauté avec des projets le rang du secrétaire général auxiliaire de l'ONU.

Ellen Sirleaf johnsonMalgré ses hautes fonctions, Ellen Johnson Sirleaf ne s’est pas isolée de la violence dans son pays. Depuis son entrée en politique, elle a toujours œuvré pour le Libéria, son pays. La seule ombre à son bilan, largement positif et à son soutien sans faille à la démocratie, est son soutien au dictateur Charles Taylor lors de la guerre de rébellion qu'il avait lancée en décembre 1989 pour chasser l’autre dictateur, Samuel Doe du pouvoir. Charles Taylor est l’initiateur d’une guerre civile atroce qui a duré plus de sept ans, fait 200 000 morts et près d’un  million de réfugiés.

En tant que démocrate déclarée, qui avait consacré beaucoup de son temps, de son énergie et de ses moyens à la défense de ses idéaux, risquant même sa vie pour défendre ce principe universel, son soutien à cette tentative de prise du pouvoir par la violence constitue une de ces contradictions dont la politique a le secret. Un écart pour lequel elle dit nourrir un « sentiment de culpabilité ». Contrairement à l'attitude adoptée par la majeure partie des Libériens de la diaspora ou par ceux qui avaient choisi d'observer à distance la destruction de leur nation, elle était restée en contact constant avec son pays ravagé.




Ses défis

Rares sont les politiciens capables de survivre à des incarcérations, encore moins à des face-à-face avec des seigneurs de guerre sans être à la tête d'une armée. Encore plus rares sont ceux d'entre eux qui sont en mesure de survivre à des accusations de trahison brandies par deux régimes dictatoriaux, dans un continent africain où les assassinats, les disparitions et les accidents provoqués pour se débarrasser d'opposants politiques gênants sont monnaie courante. Ellen Sirleaf Johnson a connu tout cela.

Ellen Sirleaf johnsonLors de sa campagne présidentielle, elle a déclaré : «  je serai un leader pour tous les Libériens ». Mais le spectre de la guerre plane toujours sur le pays. Les Libériens mettent de grands espoirs dans une présidente qu'ils appellent désormais « Mama Ellen », mais aussi dans la superpuissance américaine qu'ils tiennent pour marraine.

L’ancienne économiste entend « faire la guerre à la corruption quels que soient l'endroit où on la pratique et ceux qui la pratiquent ».

Surnommée la «Dame de fer» pour sa personnalité intransigeante, Ellen Sirleaf Johnson aura fort à faire pour remettre sur pied ce pays dévasté et gangrené par une corruption endémique : alors que le chômage frappe plus de 80% de la population, notamment les 100 000 ex-combattants, des milliers d'anciens combattants qui continuent de représenter une menace, une dette étrangère estimée à trois milliards de dollars,les ressources naturelles du pays (bois, diamant, fer, caoutchouc) bradées ou détournées, les perspectives ne pouvaient pas être plus intimidantes.

Conclusion

Elle a été la première femme africaine à être nommée ministre des Finances, présidente de la Banque libérienne de Développement et d'Investissement, Administrateur assistant du PNUD, en plus des fonctions élevées à la Citibank et à la Banque mondiale. A force de caractère, de cohérence et d'authenticité, son parcours est à citer comme exemple du processus de responsabilisation des femmes. Son palmarès et sa personnalité ne laissent aucun doute sur sa détermination et de sa capacité à remettre le Libéria sur pied.

L’implication d’Ellen Sirleaf Johnson en tant que femme d’affaires et femme politique lui valut de nombreuses récompenses. Fiers de son bilan éloquent qui lui a permis d'être élevée au rang de Haut Commandeur de l'Etoile de la Rédemption africaine, la décoration la plus prestigieuse, et d'obtenir, en 1988, le Prix de la Liberté de l'Institut Franklin et Eleanor Roosevelt ; le Prix international Ralph Bunche du leadership en 1995 et Commandeur de l’Ordre du Togo en 1996, les nombreux admirateurs d'Ellen Sirleaf Johnson sont persuadés qu'elle n'a qu'une seule ambition : celle de servir son pays au plus haut niveau pour aider à mobiliser ses compatriotes et à introduire des changements majeurs en mettant à profit sa formidable énergie.

Malgré son éducation occidentale très pointue, Ellen Sirleaf Johnson a su rester une femme pragmatique, avec « la sensibilité d'une femme et d'une mère de quatre enfants », pour s'attaquer à la tâche de reconstruction. Ellen Sirleaf Johnson a certainement une idée de ce qui l'attend. Elle avait déjà été surnommée la « Dame de Fer », mais, dans le contexte traditionnel africain, cette grand-mère de six petits enfants ne devrait pas se contenter de n'être qu'une lueur d'espoir pour le développement des femmes dans un continent marginalisé. En tant que modèle pour des millions de femmes, elle déclare : « Pour moi, c’est une source de motivation d’être le porte-étendard des femmes de l’Afrique et du reste du monde. Je n’ai pas droit à l’échec. Il faut que je réussisse pour faire honneur à la femme noire. Cette femme noire qui a longtemps été confinée dans la cuisine et dans les travaux agricoles. Il est temps que nous, les femmes, nous nous montrions capables de jouer les premiers rôles. Il est temps que l’on quitte l’arrière-plan pour occuper la place du capitaine. Et c’est ça mon défi, car ma réussite va valoriser la femme de sorte qu’on n’hésitera plus en Afrique à lui assigner les rôles les plus importants dans les combats que le continent mène pour sortir du sous-développement et des guerres fratricides. »






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