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-  DOSSIER MUSIQUE HAÏTIENNE - Page 02 -
 
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04/ LE COMPAS 

A partir des années 1950 et de la popularisation de la variété internationale, la musique haïtienne s'est faite connaître au-delà des frontières. Les labels américains se sont intéressés aux rythmes traditionnels et sacrés, le calypso était à la mode et l'exotisme aussi. Les musiciens haïtiens ont alors orienté différemment leur musique d'inspiration dominicaine. Partant du merengue dont l'instrument le plus important est le piano, ils vont le faire évoluer pour aboutir au compas.

Le terme de compas est utilisé de nos jours pour définir un style musical, mais il peut également définir chez certaines personnes l'ensemble de la musique contemporaine haïtienne. Avant de poursuivre, il est nécessaire d'apporter une précision lexicale. Plusieurs orthographes coexistent pour un même mot : compas, konpa et kompa Le terme « compas » est en fait la version francisée que Nemours Jean-Baptiste donna à son courant, le « konpa-direct ». Cette dernière appellation est la version originelle, celle du créole haïtien. Le terme, « kompa » est en fait une synthèse des deux précédents.

04.1/ Naissance et évolution du compas 

- Le contexte 

Au début des années cinquante, Port-au-Prince est une ville touristique, avec ses nombreux hôtels restaurants, casinos et boîtes de nuits. De grands ensembles musicaux fleurissent dans la capitale haïtienne. Citons par exemple l'Orchestre Septentrional , Edner Guignard and his El Rancho Hotel Orchestra ou le fameux Jazz des Jeunes . Leur répertoire est varié et va de la meringue en passant par la musique afro-cubaine ou une musique plus occidentale. La section rythmique s'inspire la plupart du temps des rythmes vaudou.

A cette époque, Nemours Jean-Baptiste et Weber Sicot tous deux saxophonistes font partie de cette nébuleuse de musiciens. En juillet 1955 ils forment l'orchestre « Coronto International » avec d'autres musiciens : Julien Paul, Monfort Jean-Baptiste, Anulis Cadet, Mozard Duroseau et Edzer Duroseau.

(JB Nemours)

(Webert Sicot)

Quelques mois plus tard, Weber Sicot forme son propre groupe baptisé « Latino ».

Nemours Jean-Baptiste se retrouve alors à la tête de l'orchestre qui deviendra peu de temps après l'« Ensemble aux Calebasses » (du nom d'un night-club de Mariani dans la banlieue sud de Port-Au-Prince) puis l'« Ensemble Nemours Jean-Baptiste ».

Il crée alors son propre style musical finalement plus proche du merengue de la République Dominicaine que de la meringue haïtienne, qu'il nomme « Konpa Direct ». Il utilise le fond rythmique du merengue dominicain et celui du conjunto tipico, alors à la mode, tout en le ralentissant pour en faire un style plus agréable à danser. On a ainsi une trame rythmique nouvelle à base de tambour, cloche et batterie avec une forte utilisation des cymbales. Le nombre de musiciens est ramené à l'essentiel. L'orchestre devient alors plus mobile et moins difficile à diriger.

Dès son origine, le Konpa Direct est en décalage avec la musique folklorique haïtienne par ses influences ; d'autant qu'il s'agit d'une musique urbaine dans un pays où la grande majorité de la population habite les campagnes. Son mouvement est le fruit d'une volonté de renouveau dans la musique haïtienne de l'époque, c'est une musique volontairement positive, légère.



- La guerre des groupes 

À partir de 1955, Nemours Jean-Baptiste et son groupe parcourent Haïti mais aussi l'ensemble des Caraïbes et rencontrent un succès considérable. Le Konpa devient populaire tandis que Nemours et Sicot occupent tous deux une place de meneurs charismatiques à la pointe de ce mouvement. En 1957 la renommée du groupe de Nemours sort du simple cadre haïtien, puisqu'il est invité à New York pour jouer au Palladium. La rivalité entre Nemours et Weber Sicot, qui crée lui aussi son propre style qu'il nomme « Cadence Rampa », accentue le succès des deux formations dans tout le pays. Le public choisit son camp.

En effet, c'est Nemours qui finalement reste dans l'histoire comme étant le créateur du Konpa, notamment grâce à la génération suivante de musiciens qui n'hésitent pas à lui rendre hommage. Il est vrai que la formule de Nemours est ludique et la simplicité de son jeu transmet aux apprentis musiciens le sentiment qu'il est possible de jouer rapidement le Konpa, alors que la musique de Sicot semble plus compliquée.

De plus, alors que Sicot quitte souvent Haïti pour des tournées mondiales, (en 1968 il se lance dans une grande tournée qui passe notamment par la France et les États-Unis) Nemours reste davantage défendre son style de jeu et établit définitivement le Konpa comme un courant majeur dans son pays. Le succès du genre va donner naissance à toute une génération de nouveaux groupes, plus modernes et inspirés par les yé-yés qui seront le prolongement du mouvement lancé par Nemours. Cultivant le même créneau de la légèreté et de la danse, ils deviennent encore plus populaires que leurs aînés, on les appelle alors les « mini-jazz ».



- Un succès hors normes 

Amplifiée par l'arrivée de la TSF, l'influence haïtienne sur la musique des Antilles françaises provoque l'abandon des musiques traditionnelles. Ceux qui ne possédaient pas de TSF se fabriquaient des postes à galène pour écouter ces groupes, et les maisons de disques refusaient d'enregistrer les musiques traditionnelles pour « faire du haïtien »

Les groupes haïtiens, grâce au succès du Konpa, exportent facilement leur musique très prisée par les organisateurs de bals, principalement en Martinique et en Guadeloupe, mais plus généralement dans l'ensemble des Caraïbes. Avec les Ibo Combo, Tabou Combo, DP Express, Skah Shah, Bossa Combo, Magnum Band, System Band, Tropicana, Gypsies de Pètion-Ville etc . , la musique haïtienne exerce une véritable hégémonie dans les Caraïbes des années soixante-dix. Le terme « combo » utilisé par de nombreux groupes de Kompa vient de cette époque, et illustre bien cette volonté affichée de paraître moderne et international.

- Une musique engagée 

Grandissant sous la dictature des Duvalier, le compas va se transformer pour devenir une musique engagée, violente, vitale . Cette musique a été le seul moyen d'expression de tout un peuple vivant sous le joug dictatorial des Duvalier. Au départ des Duvalier en 1986, une nouvelle chanson populaire revendique ses droits à la liberté d'expression. Le dictateur a tenté d'utiliser la popularité de ces ensembles musicaux et de leur nouveau rythme pour alimenter sa propagande.Comme sa peinture, la musique haïtienne dégage une très grande vitalité dont l'origine pourrait se trouver dans l'énergie que donne le désespoir.






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